J'ai cette impression pénible de me trouver devant mon clavier et de pas savoir où poser mes doigts. Je me dit parfois que je suis un livre ambulant, une usine à mots, une machine à penser qui fonctionne trop vite, et je voudrais pouvoir attraper quelques paroles, quelques pensées et les étaler sur le papier avant qu'elles ne s'échappent. Mais je n'ai pas le temps. Toujours, toujours ce temps qui nous filent entre les doigts. C'est comme le matin, quand je suis assise dans le bus, les écouteurs bien enfoncés dans mes oreilles et que déjà l'arrêt arrive, bien trop tôt, et déjà je doit descendre. Alors que j'étais si bien, blottis dans ses sièges inconfortables, entre le monsieur de droite qui lie son journal et la vitre rayée. Chaque jour est une aventure, l'autre matin c'était la maison avec des paillettes, et puis les dromadaires au bord de la route de Thouars, l'odeur de pain grillé et le chinois qui distribue le journal à la sortie du tram. Je m'efforce de rendre chaque jour un peu extraordinaire, mais c'est épuisant. Et il y a des jours où c'est dur. C'est le bordel, j'ai jamais compris comment ma tête pouvait être un aussi grand bordel, des vrai autoroutes de questions, des boulevards entiers de peurs. Je sais plus. je crois que. Enfin peut etre que non. Et puis si. Le bordel je vous dis.